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Crise Bénin-Niger

Comment sortir des intrigues de Tiani ?




«  La situation entre le Bénin et le Niger demeure une intrigue ». Ainsi s’exprimait avec une pointe d’exaspération, le président Patrice Talon le 30 mai dernier. En l’état actuel des ressentiments en conflit entre les deux pays autour de la frontière commune qui est maintenue fermée par Niamey et sur la gestion par le Bénin du contrat du transit du pétrole nigérien, il urge pour Cotonou de se convaincre du fonds de commerce politique que cette crise constitue pour la junte ; de réajuster sa diplomatie sous-régionale afin de faire baisser le mercure qui est monté d’un cran depuis l’arrestation de cinq Nigériens sur le terminal pétrolier de Sèmè à vingt kms de Cotonou ; et de démentir la fausse image de pays abritant des bases françaises et des bases de terroristes visant le Niger.

Il n’y a pas de hasards dans le périmètre de la vérité. Le lundi 20 mai 2024, sept soldats nigériens sont abattus dans une attaque à Boni au Niger, selon un communiqué du gouvernement à Niamey. Deux semaines plus tard, le mardi 04 juin 2024, l’armée béninoise perd aussi sept militaires dans une embuscade avec les terroristes, alors qu’ils étaient en patrouille dans le parc de la Pendjari, dans la commune de Tanguiéta. Dénominateur commun aux deux attaques attribuées aux terroristes, elles se sont déroulées près des frontières de ces deux pays d’avec le Burkina-Faso. Pourtant entre ces deux pays, il y a le Niger qui, bien que les vidéos de Boni indiquent que les assaillants parlaient le Moré, langue burkinabé inconnue au Bénin, justifie le maintien de la fermeture de sa frontière en accusant le Bénin d’abriter des terroristes menaçant sa sécurité intérieure, alors que ce pays est lui-même en proie au même péril extrémiste. Le sénégalais Cheikh Tidiane Gadio qui parlait de compétition ruineuse entre les pays africains, n’avait pas intégré la malédiction que constitue l’incapacité de certains d’entre eux, partageant les mêmes frontières, à taire des appétits égoïstes pour contrer le vrai ennemi commun à leur développement : l’extrémisme violent.

Fondements idiosyncrasiques de la posture de Tiani

Le général Abdourahamane Tiani est un militaire qui a accédé au pouvoir par un coup d’État contre son prédécesseur dont il était patron de la garde présidentielle. Les Nigériens s’accordent à lui reconnaître un profil de soldat très violent et très craint, duquel découle son image de redoutable chef militaire qui fait sa réputation au Niger. L’un de ses hauts faits d’armes connus des Nigériens est que, respectueux des instructions de son mentor et vrai donneur d’ordre Mahamadou Issoufou, le général Tiani est celui grâce à qui le premier vrai coup d’État contre Mohamed Bazoum a échoué. En effet, les artifices démocratiques par lesquels il fut imposé au pouvoir, n’avaient pas suffi pour effacer le suprémacisme des communautés majoritaires du Niger qui vivaient très mal d’être dirigées par un Touareg, quand on sait la longue rébellion à fronts multiples que cette minorité a opposée à tous les gouvernements successifs depuis l’époque de leur idéologue et leader charismatique Mano Dayak. Pour avoir réussi à sauver la peau de Bazoum, la tentative de ce dernier, comme il est de coutume en politique, de se débarrasser de ses sauveurs pour gouverner en paix, a été son impardonnable péché. La suite on la connait : il en est sorti kidnappé, captif, "suivi de prise d’otage" pour employer l’expression du porte-parole du CNSP dans le dossier des "cinq experts" introduits "frauduleusement" au terminal pétrolier de Sèmè.

Quand un putschiste d’une telle idiosyncrasie arrive au pouvoir, sa phobie primaire se dirige contre les amis de sa victime déchue. Et Patrice Talon était en tête de ces amis, depuis la belle idylle qu’ils ont chantée en duo dans les jardins du palais de la Marina de Cotonou : « Le pétrole du Niger est le pétrole du Bénin ; et le port du Bénin est le port du Niger ! ». Ce qui avait été salué comme l’harmonie fondatrice d’une coopération économique agissante et durable entre les deux pays voisins, a servi, suite au putsch de juillet 2023, à la construction du discours mobilisateur du Général Tiani en quête de légitimation, autour des chefs d’accusation de corruption, de collusion d’intérêts et de prévarication entre Bazoum et Talon sur le pétrole nigérien. De sorte que la relative célérité du Bénin à appliquer les décisions de la CEDEAO n’a été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la junte ; et de l’eau apportée au moulin balbutiant de cette dernière. Et en y surfant, Tiani a fini par se coudre et enfiler des habits de chef d’État très craint au Niger. On se surprendra un jour du nombre de militaires et de politiques contestataires réduits au silence des bagnes, face aux décisions tout aussi impopulaires, onéreuses que non-sécurisées de faire alimenter les marchés nigériens de produits importés à partir du port de Lomé via le Burkina Faso, contre la simple option Cotonou-Gaya. Tiani ne gouverne pas le Niger. Il le subjugue. Et connaissant sa nature décrite plus haut, les Nigériens préfèrent regarder en silence, les camions en faction au Bénin, en attendant que la situation se dégèle, d’une manière ou d’une autre…

Axes Cotonou-Ouaga et Cotonou-Bamako

La crise avec le Bénin est le principal fonds de commerce politique de la junte nigérienne. Elle est la seule qui lui permet de légitimer son pouvoir et de l’inscrire dans la durée. Elle ne risque pas de se terminer si tôt, sauf changement d’approche diplomatique du Bénin. Tiani n’y collaborera pas, quelles que soient les professions de foi de Talon. Le président togolais Faure Gnassingbé n’est pas l’instigateur de cette crise comme une certaine opinion veut le faire accréditer. Non. Il profite juste à fond de la fenêtre d’opportunité que lui offre le jusqu’au-boutisme du général nigérien, fût-ce au péril de l’application des décisions communautaires. Dans le contexte des multiples rebondissements de cette crise entre le Bénin et le Niger, tenant compte du particularisme de Tiani sus-décrit et dans le contexte de création de l’AES, le gouvernement béninois devrait mettre à son agenda, le réchauffement et l’intensification de ses relations avec le Mali et le Burkina Faso. En effet, ces deux derniers pays ne sont pas particulièrement concernés par les affaires bénino-nigériennes de pipeline et de frontière. Surtout en ce qui concerne le Burkina Faso avec lequel le Bénin partage des enjeux et défis sécuritaires communs, ils devraient les condamner à initier toutes les intelligences stratégiques et opérationnelles possibles pour en finir avec le péril terroriste. La crise avec le Niger n’empêche pas le président Talon de dealer sur bien des plans avec Assimi Goïta et Ibrahim Traoré, surtout qu’on se souvient qu’il avait en toute humilité et sans défiance à l’égard du jeune capitaine burkinabé, de loin son cadet, effectué en février 2023 un voyage à Ouagadougou pour parler sécurité, à l’époque où Bazoum officiait encore à Niamey.

En renforçant ses rapports sur divers chantiers d’intérêts communs avec le Mali et le Burkina Faso, le président Talon réussirait à édulcorer une certaine opinion adverse à son égard, favorable au panafricanisme, qu’il est une girouette de la France, lui qui a pourtant institué la suppression de tout visa d’entrée au Bénin pour tous les citoyens des pays africains. Fort heureusement, ce ne sont pas les dossiers d’intérêt en partage qui font défaut. A titre d’exemple, le plus emblématique est celui du coton dont le sort est gouverné par le Bénin, le Burkina-Faso et le Mali au sein du C4, le quatrième pays étant le Tchad auquel cette bonne entente pourrait être aussi élargie. Le Niger, infiniment gâté par les mannes de l’uranium et du pétrole est de toute évidence moins actif que ceux du C4 dans l’agriculture. Ce faisant, le Bénin réussira à court terme à faire tomber les masques du général Tiani, de son Premier-ministre Zeine et de la junte qui vendent la fausse thèse d’une complicité du Bénin avec la France pour déstabiliser le Niger. Il n’est pas tard pour le Bénin de dépassionner le regard sur les juntes militaires, autant que les puissances occidentales savent elles-mêmes le faire, puisque les portes des palais de Kosyam et de Koulouba ne lui sont pas fermées.

Jocelyn Nahama NÉNÉHIDINI

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