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Zéro droits de douane

L’ouverture chinoise peut-elle vraiment profiter aux pays africains ?




Pékin promet un accès « zéro tarif » à son marché pour 53 pays africains. Sur le papier, le geste est historique. Dans les faits, il pourrait rester largement symbolique si l’Afrique ne parvient pas à produire, certifier, transporter — et surtout à concurrencer.

Par Malanké Desuza

Une annonce forte inscrite dans un calendrier politique
Au second semestre 2025, la Chine a officialisé une mesure très attendue par de nombreuses capitales africaines : la suppression progressive des droits de douane sur la quasi-totalité des importations en provenance de 53 pays du continent. Seul L’Eswatini, qui reconnaît Taïwan, reste exclu du dispositif. Au 20 janvier 2026, Pékin continue de présenter cette décision comme un marqueur central de son engagement en faveur du libre-échange et du partenariat Sud–Sud. Le signal est autant diplomatique qu’économique. Il s’adresse directement aux pays africains, tout en envoyant un message clair aux États-Unis et à l’Union européenne, dans un contexte de fragmentation croissante du commerce mondial et de durcissement des politiques protectionnistes occidentales.

Zéro tarif ne signifie pas zéro barrière

Très vite, cependant, les limites de la mesure apparaissent. Comme l’a souligné Le Monde, l’impact de cette ouverture risque de demeurer limité, car peu de produits africains sont aujourd’hui immédiatement compétitifs sur le marché chinois, en dehors de niches spécifiques, notamment dans l’agroalimentaire. Le cœur du problème réside dans un paradoxe bien connu des économistes du commerce international. Il est possible de ramener les droits de douane à zéro, mais si les coûts non tarifaires demeurent élevés — normes sanitaires strictes, exigences de certification, contraintes logistiques, régularité des volumes, accès au financement export — l’ouverture reste largement théorique. Pour de nombreux exportateurs africains, l’obstacle principal n’est donc pas le tarif douanier en lui-même, mais la capacité à satisfaire les standards d’un marché chinois parmi les plus compétitifs, les plus normés et les plus exigeants au monde.

Des gagnants potentiels, mais peu nombreux

Certains secteurs disposent néanmoins d’un potentiel réel. Les produits agroalimentaires positionnés sur la qualité, l’origine ou la transformation partielle figurent parmi les mieux placés pour tirer parti de l’ouverture chinoise. Le café de spécialité, le cacao partiellement transformé, les fruits frais ou transformés, ainsi que certains produits à forte valeur symbolique ou nutritionnelle répondent à une demande croissante d’une classe moyenne chinoise plus attentive à la traçabilité et à la différenciation.Encore faut-il que les filières africaines concernées soient en mesure d’assurer une certification sanitaire reconnue, une traçabilité rigoureuse et une chaîne logistique fiable, des conditions qui restent difficiles à réunir pour une grande partie du continent.

Parallèlement, quelques économies africaines apparaissent mieux armées pour bénéficier, au moins partiellement, du dispositif. L’Afrique du Sud dispose d’une base industrielle solide et d’une longue expérience des marchés export. Le Maroc s’appuie sur une logistique performante et une stratégie d’exportation structurée, tandis que le Kenya bénéficie d’une agro-industrie dynamique, déjà tournée vers les marchés internationaux. Pour ces pays, le “zéro tarif” peut jouer un rôle d’accélérateur, mais il ne constitue que rarement un déclencheur à lui seul.

Une majorité de pays toujours au seuil

À l’inverse, une large partie du continent risque de rester à l’écart de cette ouverture. Les pays dont l’offre exportable demeure dominée par des produits bruts peu différenciés, caractérisée par des volumes irréguliers ou portée par des filières incapables d’atteindre les standards chinois, auront des difficultés à transformer l’accès tarifaire en débouché concret. Dans ces configurations, l’ouverture du marché chinois pourrait même renforcer une asymétrie déjà bien établie : l’Afrique continuerait d’importer massivement des biens manufacturés chinois, sans parvenir à exporter en retour des produits transformés à forte valeur ajoutée.

Le véritable enjeu : une politique publique, pas une faveur commerciale

Au fond, la question centrale n’est pas de savoir si la Chine ouvre son marché. Elle est de déterminer si l’Afrique est prête à le prendre. Pour les États africains, l’ouverture chinoise ne peut produire des effets durables qu’à condition de s’inscrire dans une stratégie de politique publique cohérente. Cela suppose des investissements soutenus dans les infrastructures de contrôle qualité, la création de hubs logistiques régionaux, un appui réel au packaging, au branding et à la transformation locale, la négociation d’accords sanitaires et phytosanitaires clairs, le développement de mécanismes de crédits export et une montée en puissance de l’intelligence de marché. Sans cet écosystème, l’accès “zéro tarif” restera une promesse abstraite, déconnectée des réalités productives du continent.

Une vitrine plus qu’un basculement ?

En l’état, l’ouverture tarifaire chinoise ressemble davantage à une mise en scène géopolitique qu’à un basculement économique. Elle constitue un message adressé à Washington et une vitrine offerte au Sud global. Mais pour de nombreux exportateurs africains, la porte demeure entrouverte, sans que les moyens d’y entrer soient réellement disponibles. En 2026, le défi africain n’est donc pas d’obtenir des droits de douane à zéro, mais de construire les capacités nécessaires pour que cette ouverture cesse d’être symbolique et devienne enfin productive.

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