mercredi, 7 décembre 2022 •

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Il y a 27 ans, le Bénin organisait la Conférence des forces vives de la nation

LA CONFÉRENCE NATIONALE DES FORCES VIVES DU BÉNIN




À la fin des années 1980, la République populaire du Bénin, gouvernée par le commandant Mathieu Kérékou, connaît une situation économique et financière catastrophique. Cette situation contraint l’état béninois à signer, en juin 1989, avec la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, son premier Programme d’ajustement structurel. L’état en banqueroute n’est plus en mesure de payer ni les salaires, ni les pensions de retraite, ni les bourses. Tout le secteur public répond à cette crise par des mouvements de grève illimitée, organisés par les étudiants et paralysant le pays tout entier. Dans ce contexte, le Président Kérékou, sous la pression des bailleurs de fonds et convaincu de la nécessité d’un changement démocratique annonce le 7 décembre 1989 à l’issue d’une réunion exceptionnelle des plus hautes instances politiques, l’abandon du Parti unique, le marxisme-léninisme et l’organisation, début 1990, d’une Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation qui doit définir les fondements d’un ordre nouveau .
La Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation se tient du 19 au 28 février 1990 à l’hôtel PLM Alédjo de Cotonou sous la présidence de Mgr Isidore de Souza, archevêque de la ville.
Produit d’un consensus national, elle reste aux yeux de la majorité des observateurs de cette période, le moment fort du processus de transition béninois.
En effet, en une semaine, les 493 délégués de l’opposition et du pouvoir vont se mettre d’accord pour élaborer les fondements d’un ordre nouveau. La Conférence suspend d’abord la constitution marxiste - léniniste de 1977 et confie à une commission de juristes le soin de rédiger une nouvelle constitution qui sera soumise à un référendum (décembre 1990).
Elle restreint ensuite les pouvoirs du Président de la République.
Mathieu Kérékou est maintenu à son poste mais perd la plupart de ses attributions dont le portefeuille de la défense. Des institutions de transition sont mises en place : création d’un poste de premier ministre confié à Nicéphore Soglo et d’un organe législatif, le Haut Conseil de la République.
La conférence nationale a donc eu, par les décisions prises à l’issue d’un processus inédit, une portée considérable sur l’avenir du pays. Elle a inauguré un nouveau régime, esquissé un nouveau système politique.

ARCHIVES INA – MATHIEU KÉRÉKOU, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE – DISCOURS DU 31 MARS 1991

« Mes chers compatriotes, le peuple béninois, détenteur exclusif de la souveraineté, a fait connaître sa volonté politique. C’est donc sans regret et sans amertume, que j’ai décidé de me soumettre au verdict du peuple béninois. »

Gratien Pognon, Diplomate
« C’est un retour de l’histoire Kérékou où on le crédite et il faut le faire. On le crédite d’avoir reconnu son erreur. Le 7 décembre 1989, le Président Kérékou reconnaît que le marxisme-léninisme, que tout cela était une erreur. Il appelle la conférence des Forces Vives. Vous comprenez ? Ça veut dire que tous, nous revenons au pays !
 Ça l’a réhabilité ?
Je crois que ça l’a réhabilité parce que les durs qui étaient avec lui - si vous connaissez l’histoire de ce pays, ces gens-là n’avaient fait aucune base légale, ils n’avaient pas été élus, ils n’avaient pas été désignés par quelque instance, de quelque constitution qui tenait encore pendant cette période-là -, mais c’était des gens qu’on avait piqués comme ça, de l’intérieur, de l’extérieur, de l’extérieur surtout. Et ces gens avaient dit que nos décisions seraient souveraines donc qu’elles seraient exécutoires immédiatement. Vous savez le point focal de cette conférence était de déclarer que toutes les décisions prises pendant cette conférence seraient souveraines. Alors il y a eu un suspens qui a duré très longtemps, et pendant ce temps, le gouvernement qui existait à l’époque débattait au palais, et l’on attendait que le chef du gouvernement rentre pour statuer sur cette décision que nous avions prise, que la conférence avait prise. Il est rentré et il a déclaré qu’il acceptait que nos décisions soient totalement souveraines.
Ce n’était pas du tout ce qui avait été décidé au palais. C’était un choix unique personnel à Mathieu Kérékou.
 Et qui est aussi unique en Afrique ?
Totalement ! À partir de ce moment-là, nous avons mis au point la démocratie que nous connaissons. »

ARCHIVES INA – NICÉPHORE SOGLO – PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DE 1991 À 1996

« La démocratie on la connaît seulement pour le développement, pour libérer un certain nombre d’énergies. Il faut absolument, maintenant, approfondir la démocratie, parce que c’est un apprentissage. On ne quitte pas impunément 17 années de dictature militaro-marxiste et d’économie centralisée pour aller vers une économie de marché, une économie libérée, une démocratie. »

John Igué, Professeur de géographie, Ancien Ministre
« Le choix de la France, le choix du Dahomey par la France pour donner le nom au pays a été un mauvais choix, et on l’a payé très chèrement dans le cadre de notre solidarité nationale.
 Mais pourquoi est ce que vous pensez que la France a choisi ce nom ?
Vous savez, la France a voulu faire plaisir à la résistance dahoméenne à travers Béhanzin. C’est après quinze ans de lutte extrêmement dure que les Français ont mis la main sur le royaume du Dahomey. Donc, en reconnaissance de cela elle a décidé de transformer sa colonie en Dahomey. Mais elle n’a pas mesuré l’impact de ce choix-là sur le reste de la population qui est inclus dans le territoire du Dahomey. Il a fallu la conférence, il a fallu la révolution pour que l’on revienne en arrière, pour dire que ce nom ne peut pas nous permettre de régler nos problèmes nationaux ici, et la révolution a proposé le Bénin comme nom de consensus. Quand les gens demandaient d’où vient le nom « Bénin », nous avons dit que cela venait des archives puisque le premier nom du pays était « Comptoirs du golf du Bénin ». Donc nous sommes revenus en arrière, nous ne sommes pas allés loin.
Mais la question aujourd’hui que le Bénin pose, est que les Aboméens et les premières élites intellectuelles du pays ne se sont jamais retrouvés dans ce nom-là, et cette question a été posée à la conférence nationale des Forces Vives, en février 1990. C’est Porto-Novo et le Mono qui ont dit « si l’on revient sur le sujet, on quitte la salle ». Pas le nord. C’est comme ça que le Bénin a été confirmé. C’est dans la même famille qu’il y a eu des fractions et que les gens ont dit « si vous revenez en arrière on quitte la salle ». C’est comme ça qu’Abomey et les élites intellectuelles du Bénin ont été désavoués. C’est un des aspects qui parait banal mais qui est extrêmement important dans la manière dont le pays se comporte aujourd’hui. Après ces cinquante années d’Indépendance, cela suppose vraiment qu’on s’asseye la tête froide pour réfléchir à d’autres alternatives, à ce qu’on va faire du pays, à son histoire, surtout par rapport au déficit des leaderships. Un pays qui n’a pas de repères historiques solides ne peut pas progresser. On dit que si vous ne savez pas où vous allez, il faut aller d’où vous venez. Quand on pose cette question aux Béninois ; « d’où vous venez », aujourd’hui , les réponses sont aussi variées que le nombre de Béninois qui parlent. »

Michel Le Cornec, Consultant politique
« Il y avait deux solutions : la conférence nationale ou la guerre civile. Alors le Bénin - c’est pour ça que je trouve que c’est un pays formidable -, vous dites que les discussions sont vives, mais on discute toujours et ça s’arrange toujours à la fin.
Ce n’est pas un pays violent, c’est un pays, par contre, où il faut beaucoup communiquer. Les gens, de tradition, et ça c’est quand même l’œuvre du Général Kérékou, sont unis nationalement. Parce qu’on a laissé des pays. On avait tracé des frontières sur le papier quand même.
 Mais les frontières du Bénin sont artificielles, aussi ?
Toutes, toutes sont artificielles ! Donc il faut, avec de multiples ethnies, de multiples langues même, il faut que tout ça se rassemble.
Quand le Général Kérékou est arrivé en 1972 par un coup d’état, le Bénin était au bord de l’éclatement. Il y avait trois présidents qui gouvernaient tour à tour, il y avait un conseil présidentiel et chacun était entraîné par les forces centrifuges. Le Président Maga et les gens du nord préparaient une constitution, je n’ai jamais retrouvé les textes, mais parait-il qu’elle a existé, et qu’elle s’appelait « Attaborg » (Attakora – Borgou). Alors est-ce que le Bénin aurait été indépendant et enclavé comme le Burkina, ou est-ce qu’il se serait rattaché au Niger par exemple et ce serait devenu un état fédéral avec le Niger ? Ensuite, on avait le Président Ahomadegbé d’Abomey. Abomey voulait retrouver sa splendeur, donc on reconstituait le royaume.
Enfin, il y avait le Président Apithy dans l’Ouémé, qui s’appelle l’Ouémé-Plateau maintenant. C’était le temps où il y avait les six départements, les six régions, donc c’était le bordel ! Et à l’arrivée du Général Kérékou, il a tout dissout, y compris les partis. On a reconstitué ça maintenant par le multipartisme illimité et les partis continuent à avoir un socle ethnique et régionaliste. Plus ethnique au sud, plus régionaliste au nord. Il voulait supprimer ça.
 Et ça c’est un des bienfaits ?
Tout à fait. Plus difficilement mais il a continué pendant dix ans, avec le multipartisme, mais toujours en essayant de fonctionner dans le consensus.
Dans d’autres pays comme au Togo ou ailleurs, on a voulu imiter ce qui s’était fait au Bénin, mais c’était une solution béninoise répondant à des problèmes béninois. Et la France voulait, comme cela marchait là, essayer de faire ça partout. »

racontemoilindependance.org

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